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Entre le réseau dans son ensemble et les différents templa particuliers, nous avons cette notion intermédiaire de sous-réseaux qui organisent un certain domaine d'affinités, ou même, qui relient deux d'entre eux afin de saisir les liens qui les associent à la manière d'un pont.

Celui-ci concerne la forme fondamentale d'une énonciation sous les espèces d'une instanciation discursive, d'une modalité assertive et d'une typicité lexicale . Il couvre les trois premières parties: la Première est associée aux mécanismes d'une instanciation et de ses ancrages énonciatifs (la notion paradigmatique de « personne » en tant que forme d'adresse); la Deuxième, à celui d'une définition des référents mondains, ce à quoi « vise » en particulier le discours (cf. mettre en place une Scène de la Parole, représenter un Monde); la Troisième, aux propriétés de la quantification discursive en tant que constitutive de la notion de classe d'objets et à une prototypicité de ceux-ci.

D'autres propriétés adjacentes sont toutefois nécessaires quant à la spécification du discours. Il est difficile en fait d'isoler un certain niveau d'appréhension sans suggérer au moins ce par rapport à quoi celui-ci se caractérise.

C'est pourquoi dans ce sous-réseau nous faisons apparaître des propriétés adjacentes que nous associerons dans la Quatrième partie à une « parole figurée » ; elle concerne les figures rhétoriques mais aussi des figures de pensée comme l'ironie révélant ainsi la dialectique entre paroles prononcées et sous-entendus. Enfin, dans ce schéma, nous faisons apparaître des éléments que nous n'analyserons pas vraiment (comme la notion de véridiction ou les rapports entre celles de fait et de fiction) mais qui nous servent de points de repère dans une démarche générale entre ce schéma et ses aboutissants textuels.

Ce sous-réseau est beaucoup plus précis que le Tableau général puisque nous articulons des processus à travers une série de templa , le système qu'ils forment ici renvoyant à d'autres (relevant d'autres domaines que le Tableau général permet de localiser).

Ces processus ne sont pas linéaires. Considérons par exemple le point de départ (flèche en gras). Nous allons voir dans la Première partie que le dispositif des instanciations est fondamental en ce qu'il gère, à la manière d'une plaque-tournante, un ensemble de corrélats qui constituent autant de points de départ pour des types d'énonciation-référentiation (échanges verbaux, descriptions, gloses, etc.). C'est ainsi que la double flèche qui relie ces instanciations aux notions du dire (l'exprimé verbalement) et du non-dire (propos passé sous silence ou dénié) indique le fait que ces deux complexes de propriétés sont indissociables, qu'introduire l'un renvoie aux propriétés de l'autre. On en déduira donc que les deux processus induits par cette dualité d'origine (l'une vers la notion d'assertion, l'autre vers celle de tropes) ne sont pas deux processus linéaires indépendants, mais qu'ils sont en simultanéité dans la détermination des énoncés discursifs. Entre ces différents processus qui se répondent nous avons ainsi un mécanisme de va-et-vient où, selon l'expression de Leibniz qui nous est chère, ils s'« entr'expriment ». Ce n'est que lorsque les buts de ces processus sont remplis que nous obtenons finalement une unité expressive.

Si d'un côté les modes de l'assertion précisent ce qu'il faut entendre par « affirmation », « négation », « interrogation » soit les moyens courants des usages interlocutoires, de l'autre, nous avons également des choix possibles entre les notions de « sens littéral » (posé, présupposé), « sens figuré » (recours à des tropes, pas seulement au sens rhétorique/poétique mais aussi idiomatique), « sens sous-entendu » (implicitations non verbalisées mais interprétables pragmatiquement en tant que savoir tacite). En particulier, alors que les modes de l'assertion déclinent ce qu'est un simple énoncé (cf. du genre, Je suis allé à la gare chercher Françoise ), ceux entre dire et non-dire déclinent des formes plus complexes en ce qu'elles peuvent avoir recours au « double sens » (comme dans l'ironie interlocutive, comme dans l'allégorie textuelle), que l'on retrouve dans les procédures interprétatives. C'est donc toute une économie du sens qui est en jeu entre les notions d'énoncé, d'énonciation, de symbolique (entendu au sens d'une mise en scène fictionnelle).

Revenons au registre des instanciations qui est au point de départ de ces relations; afin d'ancrer ce mécanisme complexe dans la discursivité, ce registre renvoie à des particules précisant les points d'ancrage. C'est, par exemple, le sens des pronoms dits personnels dont l'usage spécifie des rapports (paradigmatiques) d'adresse à quelqu'un . C'est également le sens de ce qui est appelé des « rôles énonciatifs » qui ne sont pas nécessairement les individus qui participent réellement à la Scène de la parole -- énonciateurs fictifs aussi indispensables dans l'échange que les interlocuteurs en présence. Dans ce mini-réseau, nous dissocions apparemment ces rôles énonciatifs (énonciateur, énonciataire, témoin) des pronoms personnels, ce qui est bien sûr un artifice de présentation dans la mesure où nous cherchons à respecter l'ordre de leur présentation par chapitre. L'énonciation synthétise ces deux registres.

À la notion de personne (pronoms personnels), à celle d'une Scène de la Parole, nous devons également associer d'autres spécifications comme le suggère l'expression hic et nunc mentionnée: soit un « lieu d'ici » (situation spatio-temporelle) par rapport à un « lieu du là-bas » (entourant, où l'on veut se rendre) et un « lieu d'ailleurs ». La Scène de la Parole fixe ainsi un Ici d'énonciation; de même, nous avons un Présent d'énonciation (qui dure tant que celle-ci se manifeste), par rapport à un passé et un futur. Cette expression hic et nunc rassemble une diversité de propriétés relevant de plusieurs domaines d'affinité (adresses, localisations, temps et modes verbaux, mode narratif).

Abordons la question de la notion de quantification discursive: nous l'analyserons en tant que spécification des objets de référence dont on parle, cette quantification étant à la fois qualitative et quantitative, déterminative et dénombrable. Nous avons en fait un processus dédoublé en deux templa qui fonctionnent en parallèle en ce que la détermination des entités discursives joue sur l'un ou l'autre de ces registres, sur les deux parfois, et ce n'est qu'à travers une glose explicitative que nous pouvons démêler ce double rapport de quantification en tant que précision (notionnelle, indicative) de ce dont on parle. Ainsi doit-on définir la différence entre une propriété générale, Le panda est gentil par exemple, et une propriété accidentelle, Ce matin, le panda est malade . C'est la quantification qui permet de dissocier une qualité d'ensemble et une qualité montrée (au moyen d'un déictique): les gâteaux sont bons dans cette pâtisserie , ce gâteau est délicieux . Enfin, des propriétés aussi importantes que le partitif, comme dans Du vin tachait les nappes , ou la précision de justesse, Il est tel que je me le figurais , relèvent de cette notion d'une quantification discursive.

Enfin, nous dirons que ces modes de détermination des entités discursives s'achève (temporairement) dans la notion d'une typicité lexicale (notions de lexies simples ou complexes comme dans les expressions idiomatiques). Nous sommes à la limite d'une expression discursive et d'une perception mondaine; c'est pourquoi nous avons recours à cette expression de « typicité » dont l'usage en linguistique est apparu à la suite des travaux psycho-cognitifs d'E. Rosch et de son groupe. Au-delà de cet usage (qui, à bien des égards, est difficilement recevable pour les linguistes en ce qu'on n'utilise que des lexèmes hors contexte langagier), cette recherche a par ailleurs mis l'accent sur les rapports complexes entre usages et classification, sens littéral et sens figuré (expressions idiomatiques, analogies). Nous l'avons adopté à la suite d'autres auteurs (comme Culioli ou Desclés) en ce que cette typicité lexicale constitue un principe d'organisation des champs sémantiques, au moyen de gradients, beaucoup plus complexe que celui des analyses componentielles qui se résument à la confection de matrices de traits lexicaux.

On verra ainsi que la forme de cette organisation est, à bien des égards, comparable à celle du templum en ce que chaque entité lexicale est composée comme un champ notionnel à partir d'un pôle qui en délivre le centre idéal (cf. prototype, donné ou construit), par rapport auquel on peut définir des exceptions. L'entité lexicale, multiple, est ainsi le lieu d'un conflit entre des forces normatives (qui la ramènent vers la centralité prototypique) et des forces anomales dispersives. Or, parler de normes, c'est évoquer un hors-classe (distinct des exceptions qui sont des manques à la norme; ainsi un manchot est quelqu'un de tout à fait normal à qui cependant il manque un bras ). Ainsi, à l'animal ordinaire est toujours associé son complémentaire, le monstre, où nous avons les mêmes ingrédients mais composés à l'opposé du premier (cf. l'être ordinaire comme Ulysse et le Cyclope comme être extraordinaire). Cette monstruosité, si elle est en un premier temps un écart extrême à la classification, est recomposable à un autre niveau dans les « fables » (contes, mythes) qui sont des formes narratives où les mondes imaginaires côtoient le monde ordinaire.

C'est dans ce passage d'une norme à un hors-classe que nous pouvons situer une opération de « fictionnalisation » , située au-delà d'une classification, en tant qu'émergence de quelque chose de non-conventionnel; cette opération crée un écart critique par rapport aux conventions qui gouvernent les variations autour du prototype représentant une idéalité pour la catégorie envisagée (ainsi de celle de l'< animal >). Inversement, on parlera de « naturalisation » (comme dans les fictions dénommées télé-romans ) comme mouvement inverse à cette fictionnalisation où l'univers extraordinaire d'une fiction (toujours possible) est rabattue dans l'univers trivial du social quotidien.

Pour finir, nous dirons que la typicité lexicale comme fabricatrice d'une multiplicité de lexies est « encadrée » par deux instances qui en modulent les variations:

a) d'une part, c'est la distinction entre fait et fiction qui délivre le sens de ces différences entre monde ordinaire (pratiques, discours) et monde extraordinaire (monde des mythes, du fantastique littéraire ou cinéma- tographique), où la notion de Texte comme substrat joue un rôle clef, en ce qu'il devient, en tant qu'univers des textes co-référents entre eux, le principe organisateur de ces « fables »;

b) d'autre part, c'est la notion de « véri-diction » (Greimas) à la fois comme principe de vérification à la base des constats expérimentaux, du vraisemblable argumentatif (les lieux communs, la doxa en cours) et comme principe d'intersubjectivité d'un caché/montré (entre évidence perceptive et leurre), où la logique du secret joue un rôle clef puisqu'il est au coeur des rapports public/privé qui fondent les pratiques discursives (cf. la Scène de la Parole puisque c'est, par exemple, la présence ou l'absence d'un témoin qui caractérise cette distinction).